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Quinze ans après l’entrée en vigueur de l’Acte du Manitoba, sir John Alexander Macdonald dut à nouveau affronter des bouleversements dans l’Ouest. En 1870, il y avait au Manitoba parité démographique entre catholiques et protestants ; en 1891, les protestants constituaient la majorité écrasante. Dans d’autres régions de l’Ouest, la rapidité de l’expansion et de la colonisation entraîna des conséquences semblables.

Nombre de problèmes qui avaient mené à la résistance des Métis et de leurs alliés blancs à la Rivière-Rouge en 1869−1870 ne furent jamais complètement résolus, comme le montre cet extrait de la biographie de Louis Riel :

À Batoche (Saskatchewan), dans le district de Lorne, où il arriva au début de juillet 1884, Riel trouva les habitants malheureux et irrités, tant les Blancs que les Amérindiens et les Métis. La relocalisation de la ligne principale du chemin de fer canadien du Pacifique dans la partie sud des Prairies avait provoqué l’effondrement de la valeur des terres à Prince Albert, qui était tout près. Les colons ne possédaient pas de titres incontestables de propriété, même si un grand nombre d’entre eux vivaient dans le district depuis plus de trois ans. Pour les Métis de la région, dont le nombre dépassait 1 400, les deux questions les plus importantes étaient les droits non éteints des Amérindiens sur les terres et l’arpentage des terrains. Chasseurs semi-nomades, ces Métis vivaient bien, à l’ouest de la rivière Rouge, et n’avaient pas été mêlés aux événements de 1869–1870. Après la disparition du bison, ils avaient suivi le conseil des missionnaires et avaient commencé de s’installer en communautés agricoles. Ceux qui s’étaient établis les premiers avaient obtenu les traditionnels lots de grève qui étaient les plus recherchés ; les colons métis avaient été forcés d’occuper, cependant, des lots carrés à la suite d’un arpentage fait par le gouvernement fédéral en 1882, et celui-ci avait depuis refusé de faire de nouveaux levés dans ce secteur.

 

Déjà précaire, la vie dans les réserves se détériora en raison des conditions environnementales difficiles. Les autochtones, tels que le chef des Cris des Plaines Pītikwahanapiwīyin (Poundmaker), sentaient que le gouvernement canadien, qui les y avait installés, était indifférent, voire hostile, à leur bien-être [V. Macdonald et les peuples autochtones] :

En 1883, une campagne d’économie de la part du gouvernement amena le congédiement de nombreux employés du département des Affaires indiennes et une diminution des rations des Indiens. Des retards dans la livraison des approvisionnements firent courir les rumeurs qu’on priverait tout à fait les Indiens de leurs rations et que ceux-ci seraient réduits à la famine. De plus, comme les fonctionnaires à Ottawa ne portèrent pas attention aux plaintes formulées par les agents voulant que les Indiens fussent en train de mourir de faim à la suite de l’hiver rigoureux de 1883–1884, Poundmaker se révéla incapable de maintenir la paix au sein de ses compagnons, surtout chez les jeunes guerriers.

 

Des attaques isolées contre des colonies dégénérèrent bientôt en rébellion ouverte. La biographie de Kapapamahchakwew, chef guerrier des Cris des Plaines, connu aussi sous le nom d’Esprit Errant, décrit l’atmosphère :

Dans les années 1870, la désagrégation de la manière de vivre des Cris des Plaines, provoquée par la disparition des bisons et la signature des traités, souleva, chez des guerriers comme Esprit Errant, une amertume et un désespoir particuliers […] Des militants tels qu’Esprit Errant, irrités de la stricte mise en application de la politique « pas de travail, pas de rations », de l’agent des Affaires indiennes, Thomas Trueman Quinn, devinrent de plus en plus hostiles. En fait, la bande avait été influencée par les idées de Louis Riel qu’elle avait rencontré dans le Montana au début des années 1880, période pendant laquelle elle avait suivi ce qui restait des troupeaux de bisons. Riel insistait pour que les Métis et les Indiens, grâce à une action concertée, puissent chasser les Canadiens de leur pays et regagner leur liberté ainsi que leur indépendance.

 

Au cours de l’un des violents incidents survenus en 1885, Esprit Errant et d’autres autochtones tuèrent neuf colons au lac La Grenouille (lac Frog, Alberta). En Ontario, l’opinion publique était restée hostile à l’égard des Métis depuis les événements de la Rivière-Rouge en 1869−1870, et Macdonald subissait d’énormes pressions pour mater la rébellion déclenchée au mois de mars. Il affecta à cette tâche le major général Frederick Dobson Middleton, qui essuya quelques contretemps :

Middleton avait presque perdu confiance en ses hommes et sa foi en une victoire facile s’était affaiblie. Il dit à Caron que les troupes s’étaient bien conduites mais ajouta : « je dois confesser [...] qu’il a bien failli en être autrement ». La perte de jeunes gens « qui pensaient qu’on les envoyait en pique-nique », écrivit-il au duc de Cambridge, l’avait ébranlé […]

[Le 12 mai], lorsque l’infanterie se mit en branle pour reprendre les positions occupées le 9 […], les officiers et les hommes de troupe bouillonnaient d’indignation et de frustration. Les hommes de Williams, sur le flanc gauche, dégagèrent le terrain et continuèrent d’avancer. Les autres suivirent. Bientôt, plusieurs centaines de miliciens descendirent la colline en criant et en tirant. Middleton quitta sa tente en vitesse pour organiser les manœuvres d’appui. Épuisés, à court de munitions, les Métis ne pouvaient faire grand-chose. Dès la tombée de la nuit, ils s’étaient éparpillés, et la milice pillait Batoche. Tour à tour, Middleton se félicitait de la victoire et condamnait la folle entreprise qui, ce jour-là, avait fait 5 morts et 25 blessés.

La chute de Batoche et la reddition de Riel, le 15 mai, signifièrent la fin de la rébellion des Métis. Après avoir prêté sa capote à Riel, qui grelottait, Middleton l’envoya vers le sud pour qu’on le remette entre les mains de la justice.

 

Le 23 mai, le chef métis Louis Riel arriva à Regina (Saskatchewan) :

Il était patent dès le début que le procès allait revêtir un caractère politique et il ne faisait absolument aucun doute que Macdonald voulait que toute la responsabilité de l’affaire retombât sur Riel et qu’il fût condamné et exécuté le plus rapidement possible. On comprend qu’il adopta cette attitude en réaction au fait que, en Ontario, les esprits s’échauffaient et que l’on criait vengeance pour la mise à mort de Thomas Scott, des Blancs au lac La Grenouille, des hommes au lac aux Canards et des miliciens de Middleton.

 

Macdonald dut toutefois naviguer entre des pressions de part et d’autre. Si la population ontarienne souhaitait la pendaison de Riel, la réaction fut manifestement différente dans la province de Québec, où la sympathie envers les Métis était ancrée dans des relations culturelles et linguistiques. Macdonald suivit étroitement la règle du droit :

Le 4 juin […1885], deux semaines après l’arrestation, [Macdonald] écrivait [à James Robert Gowan] que, si Riel était jugé coupable, « il sera[it] certainement exécuté mais [que], dans l’excitation bien compréhensible du moment, les gens maugré[aient] parce qu’on ne le pendait pas sur-le-champ ». Lorsqu’il fut question de clémence après la condamnation de Riel en août, Gowan émit des avis politiques et juridiques assez semblables à ceux de Macdonald. Ce serait, lui dit-il en septembre, « une erreur funeste d’empêcher la justice de suivre son cours dans son cas. La seule défense [que Riel] pouvait faire valoir a été présentée pour lui au procès et elle a été rejetée. » On possède peu de lettres dans lesquelles Macdonald aborda cette question délicate, mais celle que lui écrivit Gowan le 18 novembre, soit le surlendemain de la pendaison de Riel, révèle assez bien sa pensée : « Étant donné ce que vous m’écriviez, je ne doutais pas de l’issue [de cette affaire,] mais j’ai été très mal à l’aise jusqu’à la fin, sachant combien les hommes publics sont souvent forcés d’adopter une position qu’ils n’approuvent pas personnellement. L’affaire vous nuira peut-être au Bas-Canada mais, en examinant [...] la question sous tous ses angles pour voir quel était le plus sage parti à prendre, j’ai pensé que cela aurait été fou, du point de vue politique, de céder tout simplement parce que cet homme était de sang français. » Affirmer, comme on le fait parfois, que Macdonald sacrifia Riel à l’opinion ontarienne, c’est donc lui imputer le raisonnement inverse de celui qu’il suivit. Riel fut victime de la loi.

 

Dans la province de Québec, l’indignation menaça de faire tomber le gouvernement de Macdonald, comme l’indique la biographie de Joseph-Adolphe Chapleau, secrétaire d’État :

La pendaison de Louis Riel le 16 novembre 1885 constitue un drame national. Les Canadiens français la considèrent comme « un soufflet donné à la race », tandis que les Ontariens, qui ont la mémoire longue, voient enfin vengé le meurtre de Scott. Au Québec, l’indignation conduit à un mouvement nationaliste qui engendre le parti national. Mercier réunit ses libéraux, des conservateurs et des castors. En signe de protestation, les nationaux demandent la démission des trois ministres canadiens-français à Ottawa : Langevin, Adolphe-Philippe Caron* et Chapleau. D’autre part, Mercier se montre prêt à céder la direction du parti à Chapleau s’il veut mener la bataille contre le gouvernement canadien. Jouant de ruse, Macdonald déclare que, si ses trois collègues décident de quitter, il formera un ministère sans représentation canadienne-française. Chapleau hésite longuement. Joseph-Israël Tarte raconte qu’il le convoque un soir, avec Alexandre Lacoste* et son très vieil ami Clément-Arthur Dansereau. Avec eux, il veut « peser les pour et les contre » de l’offre des nationaux. L’analyse dure jusqu’à quatre heures du matin et Chapleau réfléchit seul le reste de la nuit. Le lendemain, au petit déjeuner, il annonce à ses conseillers qu’il ne démissionnera pas et conclut : « Nous sommes dans la fosse aux lions. »

 

La reddition, le procès et l’exécution de Louis Riel en 1885 divisèrent le pays selon la religion et la langue [V. La rébellion du Nord-Ouest (1885)]. En 1886, le Parti national remporta les élections suivantes au Québec, et Mercier devint premier ministre. Avant les élections fédérales de 1887, l’homme politique et avocat ontarien D’Alton McCarthy, membre actif de l’ordre d’Orange protestant, se présenta à titre de conservateur et alimenta les craintes sur l’expansion du pouvoir politique des Canadiens français :

Bien des réformistes n’aimaient pas voir les libéraux « courtiser les [Canadiens] Français » et d’autres ne pouvaient pas se résoudre à condamner le gouvernement d’avoir pendu Riel, puisqu’ils estimaient que le geste était justifié. À Barrie, au début de février, soit au plus fort de la campagne fédérale, McCarthy pressa l’Ontario de soutenir le gouvernement. Encore une fois, il affirma : « ce n’est pas la religion qui est au fond de cette affaire mais [...] un sentiment de race [...] Ne voyons-nous pas qu’aujourd’hui les [Canadiens] Français sont plus français qu’au moment où Wolfe [James Wolfe*] les a conquis sur les plaines d’Abraham ? Se mêlent-ils à nous, s’assimilent-ils [...] Non, ils font tout selon le modèle français ; [...] je dis que ce sont eux qui menacent le plus la Confédération. »

 

Même s’ils obtinrent moins de votes en Ontario, au Québec et dans les Maritimes, les conservateurs remportèrent une victoire aux élections de 1887. En 1888, ils affrontèrent le Parti national au sujet de la question, en suspens depuis longtemps, de la compensation à accorder pour la confiscation des terres des Jésuites.

Pour en apprendre davantage sur Macdonald et la rébellion du Nord-Ouest, veuillez consulter les biographies suivantes.

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